Colza bas carbone : structurer le marché pour exploiter les opportunités

Avec la mise en œuvre de l’IRICC en France, la performance carbone des biocarburants devient un levier majeur de valorisation. Pour la filière colza, l’écart de prix entre un biocarburant standard et un biocarburant bas carbone peut déjà atteindre 220 €/tonne. Qui captera cette nouvelle valeur ?

L’IRICC : un tournant dans la formation des prix des biocarburants en France

Dans le passé, les acheteurs de biocarburants ne s’intéressaient pas au poids carbone des solutions achetées. La mise en œuvre de la directive européenne RED III, déclinée en France à travers l’IRICC (Incitation à la Réduction de l’Intensité Carbone des Carburants), va profondément transformer la dynamique du marché des biocarburants.

Désormais, les acheteurs de biocarburants, mais aussi toute la chaîne amont, devront répondre à des objectifs renforcés de réduction des émissions de CO₂. Ils seront incités à être beaucoup plus attentifs à la performance carbone des biocarburants qu’ils utilisent. Cela concerne particulièrement les biocarburants base colza, dont le pouvoir de réduction des GES est le plus faible.

Écarts de valorisation selon la performance carbone

Niveau de réduction GESPrime de valorisation estimée (mars 2026)
~60 % (valeur par défaut)Référence
~80 %+100 €/tonne
> 90 %Jusqu’à +220 €/tonne
  • L’Europe produit environ 5,7 millions de tonnes de biodiesel de colza, nécessitant près de 12,6 millions de tonnes de graines.
  • En 2027, la demande en colza bas carbone pourrait atteindre au minimum 6 millions de tonnes.
  • L’Europe produit près de 20 millions de tonnes de colza et en importe environ 7 millions. Qui captera cette nouvelle valeur ?

L’agriculture européenne saura-t-elle tirer son épingle du jeu face à des concurrents canadiens ou ukrainiens, dans un contexte où le transport pèse finalement peu dans le bilan carbone global ?

Le marché du colza va devoir évoluer pour satisfaire ces nouvelles contraintes

L’amélioration du bilan en gaz à effet de serre sur les cultures, principal poste d’émission, devient un levier stratégique. La filière colza dispose à ce titre d’atouts importants, vu que nous partons de loin.

Sa contribution à la réduction des émissions repose sur :

  • L’évolution des pratiques agricoles et une meilleure traçabilité des données
  • L’optimisation de la fertilisation et la réduction des intrants
  • L’évolution du travail du sol
  • L’intégration d’amendements organiques

Ces évolutions peuvent se traduire par une valorisation supplémentaire du colza estimée aujourd’hui entre 10 et 20 % par rapport à une graine standard. Une prime attractive, à condition qu’elle compense les efforts engagés, tant en termes de coûts que de temps de travail d’audit et de traçabilité.

Une visibilité nécessaire pour pousser le marché à passer en bas carbone

À mesure que la concurrence européenne et internationale s’intensifie, portée par une disponibilité croissante de matières premières à faible intensité carbone, la prime associée aux biocarburants bas GES apparaît de moins en moins acquise. Dans ce contexte, l’incitation économique pour les agriculteurs français à s’engager dans ces pratiques pourrait s’éroder, en particulier lorsque les surcoûts (liés notamment à l’achat de compost ou à l’évolution des itinéraires techniques) ne sont plus compensés que par une valorisation limitée à quelques dizaines d’euros par tonne.

La sécurisation de la valeur devient un enjeu clé, impliquant de travailler avec des acteurs capables de garantir des prix sur plusieurs années.

Le marché montre un gain potentiel d’environ 100 € par tonne de graine de colza, qui devrait être réparti entre les différents acteurs de la filière.

Une concurrence internationale en embuscade

L’Australie, l’Ukraine et le Canada font également partie du marché. De manière surprenante, le colza australien et canadien, même livré en Europe, présente un rendement GES meilleur que celui du colza européen, permettant d’atteindre au mieux 70 %, mais loin de la demande des cinq prochaines années où le colza 80 % devrait devenir progressivement la norme.

Cette situation s’explique notamment par les différences de références en matière d’émissions carbone entre régions productrices, appelées valeur NUTS. Ainsi, une graine canadienne importée en France peut aujourd’hui présenter un meilleur bilan carbone, transport inclus.

Le plus simple pour gagner sur le court terme reste le passage en valeur réelle

Pour rester dans la course, la filière française devra évoluer. Le passage à des valeurs d’émissions réelles, à l’échelle des exploitations, plutôt que des références régionales de type NUTS, apparaît comme un levier clé rapide permettant de se situer au-dessus de 70 % contre 60 % actuellement. Cela suppose toutefois une traçabilité renforcée et des outils de mesure plus précis du bilan carbone.

Côté marché, la tendance est claire : la demande en colza bas carbone va fortement progresser, car le colza bas carbone est la seule matière permettant de répondre aux futurs objectifs de décarbonation. L’enjeu en France sera donc de structurer durablement cette filière afin de garantir des revenus qui font sens pour les acteurs et un partage de valeur équilibré, condition indispensable pour inscrire le colza bas carbone dans une trajectoire pérenne et de garantir les volumes nécessaires répondant à la demande du marché sur ces dix prochaines années.

À propos de GREENEA

GREENEA est un cabinet de courtage et conseil spécialisé en biocarburants et marchés environnementaux, créé il y a près de 20 ans. En 2026, GREENEA a été récompensée lors des Energy Risk Commodity Rankings dans plusieurs catégories clés :

  • #1  Courtier dans la filière biocarburants de 2ème génération
  • #1  Courtier sur les biocertificats
  • #1  Consultant sur le marché des biocarburants
  • #1  Dans la recherche sur le marché des biocarburants

Qu’est-ce que l’IRICC ?

L’IRICC (Incitation à la Réduction de l’Intensité Carbone des Carburants) est un dispositif réglementaire français qui vise à accélérer la décarbonation des transports en renforçant les exigences d’incorporation d’énergies renouvelables dans les carburants. Il constitue la déclinaison nationale de la directive européenne RED III.