Marché européen du HVO : entre montée en puissance et tensions d’ici 2030

Usine HVO - Greenea

Sous l’effet de la directive RED III et de l’accélération des mandats biocarburants, la demande européenne pourrait quadrupler d’ici 2030, mettant les capacités de production et les matières premières sous forte pression.

CHIFFRES CLÉS

5 Mt>11,5 Mt×429 %
Capacité actuelle EUObjectif 2030 EUCroissance demande 2025→2030Cible renouvelable transport (RED III)

1. Un marché en forte croissance structurelle

La capacité de production européenne de HVO est actuellement estimée à environ 5 millions de tonnes, mais pourrait dépasser 11,5 millions de tonnes d’ici 2030, avec l’arrivée de nouvelles unités notamment en Europe du Nord et en Espagne. À l’échelle mondiale, les capacités HVO/HEFA pourraient atteindre 30 à 50 millions de tonnes à l’horizon 2030, en incluant les projets liés au SAF et au coprocessing.

La demande européenne en HVO devrait connaître une croissance très soutenue au cours des prochaines années, avec un volume attendu multiplié par près de 4 entre 2025 et 2030, pour atteindre environ 16 à 18 millions de tonnes, contre 4 à 5 millions de tonnes estimées en 2025.

Cette dynamique est avant tout tirée par le cadre réglementaire, et en particulier par la mise en œuvre de la directive RED III, qui prévoit une part d’énergies renouvelables dans les transports portée à 29 % d’ici 2030, avec des sous-objectifs spécifiques pour les biocarburants avancés.


OFFRE ET DEMANDE : PROJECTIONS 2025–2030

Indicateur2025 (est.)2027 (proj.)2030 (proj.)
Capacité EU (Mt)~5~8>11,5
Demande EU (Mt)4–5~8–1016–18
Capacités mondiales HVO/HEFA (Mt)~20~28–3530–50

Sources : projections de marché Greenea, données RED III (EUR-Lex), IEA Bioenergy 2024.

2. 2027 : année charnière pour la production et la réglementation

L’année 2027 marquera un tournant majeur avec l’entrée en vigueur généralisée des nouvelles politiques nationales alignées sur RED III. Cette étape constituera un point de bascule pour l’ensemble des acteurs du marché, avec une hausse progressive mais structurante des obligations d’incorporation.

Parallèlement, 2027 verra la mise en service de nouvelles unités de production HVO/HEFA. Toutefois, ces démarrages pourraient s’accompagner de retards ou de montées en cadence progressives, limitant leur contribution effective sur l’année. L’impact en volume devrait ainsi se matérialiser pleinement à partir de l’année suivante, comme attendu pour plusieurs projets portés par Moeve, VARO Preem, Galp, Repsol ou Neste. L’ordre de grandeur des capacités additionnelles attendues en Europe est estimé autour de 3 millions de tonnes d’ici fin 2027.

À partir de 2028, une phase d’accélération est attendue, avec une montée significative des mandats dans plusieurs pays européens. Cette évolution devrait mécaniquement soutenir la demande en HVO, alors que le marché du biodiesel FAME reste limité en raison des contraintes techniques du « blend wall ».

3. Concurrence croissante et impact sur les marges

L’arrivée de nouveaux producteurs en Europe et en Asie devrait accroître légèrement la liquidité et introduire un peu de concurrence sur le marché. Cela pourrait avoir un impact modéré sur les marges des producteurs de HVO, au bénéfice des distributeurs et utilisateurs de HVO100. Cet effet restera probablement marginal au regard de la forte demande structurelle.

Dans ce contexte, l’équilibre entre l’offre et la demande restera un facteur clé, avec un risque de tension structurelle sur les matières premières et un soutien durable aux prix du HVO.

Le marché du HVO100 apparaît ainsi comme une réponse indirecte à ces obligations réglementaires. Les acteurs pétroliers disposent de deux leviers : soit incorporer des biocarburants dans les carburants fossiles (B7, B10, E10…), soit commercialiser un biocarburant à 100 % comme le HVO100 afin de générer les certificats attestant de la mise à la consommation des volumes d’énergie renouvelable requis par les mandats.

4. Les incertitudes qui pourraient redessiner le marché


Plusieurs facteurs pourraient rebattre les équilibres du marché à moyen terme :

  • L’évolution de la demande de diesel en Europe, marquée par une tendance structurelle à la baisse (–4,5 % par an en France), pourrait mécaniquement limiter les volumes incorporables.
  • La montée en puissance de solutions concurrentes de décarbonation, telles que le BioGNC, l’électrification ou encore le B100, introduit une concurrence croissante et offre une alternative aux pétroliers au niveau des biocertificats.
  • Les évolutions réglementaires à venir, notamment sur les critères d’émissions de gaz à effet de serre, pourraient redessiner le marché en redonnant une place aux biocarburants de 1ère génération (B100/RME/FAME) avec les cultures intermédiaires ou bas carbone.

5. Questions ouvertes pour les 5 prochaines années

Plusieurs questions centrales se posent pour l’avenir du marché du HVO :

  • Le HVO pourra-t-il conserver son rôle dominant dans la décarbonation du transport routier, ou devra-t-il s’intégrer dans un mix de solutions de plus en plus diversifié ?
  • Quel sera le niveau du prix du HVO100 payé par les transporteurs à travers l’Europe, et la divergence des prix selon les politiques nationales va-t-elle se maintenir ou s’accentuer ?
  • Comment se jouera la confrontation sur les prix des biocertificats entre les différentes solutions de décarbonation dans chaque pays ?
  • Comment évolueront le sourcing et la sécurisation des matières premières, face à la concurrence entre HVO, HEFA et UCOME sur le marché de l’huile alimentaire usagée ?

Autant d’éléments qui feront de la trajectoire du HVO un sujet clé à suivre au cours des cinq prochaines années.